Insuffisance rénale du chien : symptômes et traitement
Les reins filtrent le sang, éliminent les déchets et régulent l'hydratation. Quand ils défaillent, les signes n'apparaissent qu'après la perte d'environ deux tiers de leur capacité — d'où l'importance du dépistage chez le chien vieillissant. Voici comment reconnaître, comprendre et gérer une insuffisance rénale.
Insuffisance aiguë ou chronique
Insuffisance rénale aiguë (IRA) — installation en quelques heures à quelques jours :
- Intoxications : antigel (éthylène glycol), raisin et raisin sec, AINS humains (ibuprofène), lys chez le chat, certains antibiotiques
- Infections : leptospirose (grave et vaccinable), piroplasmose
- Obstruction urinaire (calculs), déshydratation sévère, coup de chaleur, choc
- Potentiellement réversible si traitée en urgence
Insuffisance rénale chronique (IRC) — évolution sur des mois ou des années :
- Destruction progressive et définitive des néphrons
- Touche surtout le chien de plus de 7 ans
- Certaines races présentent des néphropathies héréditaires (Cocker, Bull Terrier, Shar-Peï, Berger Allemand, Boxer)
- Non guérissable, mais ralentissable
Symptômes à reconnaître
- Soif augmentée et urines abondantes : les tout premiers signes. Mesurez la consommation d'eau : au-delà de 100 ml/kg/jour, elle est anormale. Voir mon chien boit beaucoup.
- Perte d'appétit, sélectivité alimentaire, nausées
- Amaigrissement et fonte musculaire, surtout sur le dos
- Vomissements, parfois le matin à jeun
- Haleine d'ammoniaque et ulcères buccaux (voir mauvaise haleine du chien)
- Abattement, faiblesse, poil piqué et terne
- Muqueuses pâles : anémie liée au déficit en érythropoïétine
- Dans les formes avancées : hypertension artérielle, cécité brutale par décollement de rétine, convulsions
Diagnostic et stades
Le bilan comprend :
- Prise de sang : urée, créatinine et SDMA — ce dernier marqueur permet de détecter une atteinte rénale bien plus tôt que la créatinine
- Analyse d'urine : densité urinaire (capacité de concentration), rapport protéines/créatinine urinaire (RPCU), recherche d'infection
- Pression artérielle : l'hypertension est fréquente et aggrave les lésions
- Échographie : taille et structure des reins, calculs, tumeurs
Les résultats sont classés en 4 stades selon la grille internationale IRIS, qui guide directement les décisions thérapeutiques. Un chien en stade 1-2 peut être totalement asymptomatique.
L'alimentation, pilier du traitement
- Phosphore restreint : c'est le paramètre le plus déterminant sur la progression de la maladie
- Protéines de haute qualité en quantité modérée : il ne s'agit pas d'affamer le chien en protéines, mais d'éviter les déchets azotés inutiles
- Oméga-3 (EPA/DHA) : effet protecteur rénal documenté
- Aliment humide privilégié : apport hydrique supplémentaire, meilleure appétence
- Transition très progressive : introduisez l'aliment rénal avant que le chien ne développe des nausées, sinon il l'associera au malaise et le refusera
- Aucun extra riche en phosphore : fromage, os, abats, friandises industrielles non contrôlées
Traitement et suivi
- Chélateurs de phosphore si la restriction alimentaire ne suffit pas
- Traitement de la protéinurie : inhibiteurs de l'enzyme de conversion ou sartans
- Contrôle de l'hypertension
- Anti-nauséeux et protecteurs gastriques pour maintenir l'appétit
- Perfusions sous-cutanées à domicile dans les stades avancés, souvent réalisables par le propriétaire après formation
- Traitement de l'anémie si nécessaire
- Suivi biologique tous les 3 à 6 mois selon le stade, plus rapproché en phase d'ajustement
Prévention et dépistage
- Bilan sanguin annuel dès 7 ans, semestriel dès 10 ans — c'est la mesure la plus utile
- Eau à volonté en permanence, plusieurs points d'eau
- Vaccination contre la leptospirose à jour, en particulier pour les chiens exposés aux zones humides — voir vaccins du chien
- Jamais d'anti-inflammatoires humains : l'ibuprofène est une cause classique d'insuffisance rénale aiguë chez le chien
- Produits toxiques hors de portée : antigel, raisins secs — voir plantes et substances toxiques
- Santé bucco-dentaire : les bactéries parodontales chroniques participent aux lésions rénales — voir soins dentaires